birmanie - Rault Dominique
        
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Chère Birmanie,
avant de te rencontrer, je n’avais vu qu'une image de toi : une photo du soleil qui se couche chaque soir au dessus des milliers de pagodes de Bagan. Cette photo vue furtivement à la télévision au début des années 90, m’avait profondément touchée. Etudiante à l’époque, je n’avais voyagé que grâce aux images et aux récits. Je m’étais promise que si un jour j’avais la chance de pouvoir m’offrir un voyage en Asie, j’irai te rendre visite. C’est en novembre 2010, que je réalise ce rêve, date à laquelle, le vent de liberté qui commence à souffler sur ta terre, arrive chez nous sous forme d’un léger murmure, que les milliers de kilomètres qui nous séparent atténuent sans doute.
Je m’étais préparée à ce rendez-vous avec la beauté, en regardant les photographies de Philippe Body, photographe amoureux de l’Asie et qui allait m’accompagner sur ce voyage avec un petit groupe de photographes amateurs.
Même si je t’avais imaginée, rêvée, j’ai été éblouie dès mon arrivée par tant de beautés, de sourires, de douceur : les stupas recouvertes d’or, le ballet des offrandes de Shwedagon, les bouddhas souriants et bienveillants, les longyi ces vêtements traditionnels qui semblent préserver les femmes et les hommes qui les portent de la précipitation et de l’impatience.
Je dois bien t’avouer que j’étais très intimidée comme pour un premier rendez-vous. Mes débuts en photographie ne faisaient qu’accentuer cette fébrilité et m’ont mise à plusieurs reprises en proie au doute : cela me semblait un tour de force de faire rentrer autant de splendeurs dans une si petite boîte ! Grâce à Philippe, à sa générosité, à sa capacité à transmettre, à sa délicatesse à l’égard de tes habitants aussi, j’ai pu rapporter quelques images, qui se sont transformées, comme par magie en trésor, une fois revenue chez moi.
L’envie de te rendre à nouveau visite s’est vite fait ressentir. C’est en décembre 2015, comme pour fêter ta victoire avec tes premiers pas vers la liberté, que j’ai pu faire ce deuxième voyage. Le chemin ne fait que commencer. Je souhaite de tout mon coeur que les gens qui te rendront visite te respecteront, comme tu le mérites et que la liberté ne t’apportera que le meilleur. J’ai été particulièrement touchée de rencontrer ces jeunes et moins jeunes, nouvellement équipés d’un téléphone portable, qui m’ont demandé de poser avec eux. Comme si intuitivement ils avaient compris la valeur du voyage : l’échange. Je leur souhaite beaucoup de voyages !
Septembre 2017 : je suis très triste d'entendre parler autant de toi, à cause de ce drame qui dure depuis des années et qui ne s'arrange pas avec l'ouverture amorcée. Ce drame des Rohyngas m'attriste profondément, moi qui suis allée en 2015 dans l'Etat de l'Arakan, à la frontière du Bangladesh. Je ne peux pas comprendre qu'un pays aussi magnifique ait pu laisser germer et se développer autant de haine. On a mis tant d'espoir dans ce gémissement démocratique.
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